PLAN DE VILLE ET SIG

Le plan de ville, produit cartographique de base, est couramment utilisé pour situer une adresse et repérer l’itinéraire à suivre pour aller d’un lieu à un autre. Son informatisation, très utile pour les collectivités locales, ne pose plus guère aujourd'hui de problèmes techniques insurmontables. Il faut cependant avoir une idée précise des usages que l'on pourra faire de ce nouveau service avant d'en décider la création et de définir son contenu précis.

Plan de ville

L'édition sur papier du "plan de ville" comporte le plan proprement dit, divisé en "carreaux" facilement repérables, sur lequel sont reportés les noms des voies et les numéros de police des immeubles aux carrefours, ainsi qu'un répertoire des rues, des lieux-dits et les principaux centres d'intérêt.

Les plans de ville sont produits, le plus souvent, par des éditeurs privés spécialisés. Le coût de leur réalisation et de leur mise à jour n'est rentable qu'à partir d'un certain volume de population et d'activité économique. Il est donc quasiment impossible de trouver sous cette forme une cartographie des zones rurales, des petites communes ou des banlieues peu denses.

Pourtant, les collectivités locales sont à l'origine de l'information principale que contient le plan. En effet, le Maire est l'autorité compétente qui, par arrêté municipal, nomme les voies ou les lieux-dits et attribue les numéros de police, c’est-à-dire les "adresses" le long de ces voies.

Il est donc parfaitement légitime pour une commune de prendre l'initiative de la réalisation et, aujourd'hui, de l'informatisation du plan de son territoire.

Il est en effet possible d'informatiser la confection et la mise à jour (donc la ré-édition) des plans de ville, ceci de manière relativement rapide et peu coûteuse par comparaison avec celle de plans à grande échelle comme le cadastre ou les plans de corps de rue. Cette informatisation, en particulier si on fait appel pour la réaliser à un SIG, peut devenir un outil de travail remarquable pour la collectivité territoriale. Il lui deviendra possible de représenter cartographiquement une très grande partie de l'information localisée qu'elle gère ou qu'elle utilise. Ce nouvel outil lui permettra une meilleure maîtrise de son espace.

Plan de ville = Plan + Répertoire

Le Plan

Il est édité généralement à une échelle comprise entre le 1/5 000 et le 1/20 000. Certains ont une qualité topographique correspondant à leur échelle de restitution (les objets sont positionnés en coordonnées géographiques), d’autres ne sont que des plans approximatifs qui permettent de se repérer, mais en dehors de toute précision topographique.

Contenu du Plan

- Un système de repérage généralement constitué par un carroyage ligne/colonne désigné par un couple lettre/chiffre.

- Des " îlots " séparés par des voies et comportant une représentation différenciée selon qu’ils sont constitués d’habitations, de commerces, d’activités diverses, d’espaces verts aménagés, d’espaces ruraux, d’équipements publics, écoles, hôpitaux, lieux de culte, monuments, centres de secours, stades, etc... et de grands " équipements " privés : grands magasins, hypermarchés, sièges de grandes entreprises, usines principales... Parfois certains bâtiments sont directement dessinés.

- Des symboles associés à des services particuliers (parkings publics, commissariats, églises...).

- Quelques éléments de repère ou d'enrichissement du plan : faisceaux de voies ferrées, cours d'eau, bassins.

- Une toponymie qui se décompose généralement en trois parties : les noms des rues, avenues, boulevards, places, les numéros à l'angle des voies ou à l'extrêmité de chaque façade d'îlot (lesquels posent souvent des problèmes de lisibilité en centre urbain), et enfin les noms des principaux équipements publics ou privés, ou des sociétés dont l'emprise est différenciée du tissu banalisé.

Le répertoire

Il classe les voies, lieux-dits et mentions diverses figurant sur le plan de ville, par ordre alphabétique et leur associe la dénomination correspondante du carroyage du plan.

Le plan de ville informatisé

Principe

Dans le cadre d'une informatisation, les éléments de base du plan de ville traditionnel verront leur usage considérablement élargi à condition de recourir à une organisation plus systématique des données. Le " plan " sera décomposé en plusieurs " couches " d'information graphique (ou en classes d'objets). La fonction d'origine du répertoire - retrouver facilement sur le plan une voie, une adresse ou un " équipement " - sera une des fonctions de base du plan de ville informatisé. La toponymie des voies s'inscrira automatiquement le long de " fils " organisés en réseau et tracés dans l'axe de celles-ci. Toute adresse pourra être localisée facilement notamment par interpolation entre les numéros situés aux carrefours des voies. On ajoutera une table de correspondance entre les voies et adresses d'un côté, les îlots, équipements et centres d'intérêt divers de l'autre. Ainsi, toute information à l'adresse pourra être immédiatement repérée sur le plan de ville et, à la demande, être représentée par des symboles particuliers.

Méthodes

Sans entrer dans les détails techniques, il est intéressant de savoir, si l’on ne peut pas acquérir directement ce plan de ville (plans des ilôts de l’INSEE ou de la BDU locale, ...) qu'il existe principalement deux " méthodes " pour informatiser un plan de ville, selon que l'on dispose déjà ou pas de plans informatisés à grande échelle.

La première méthode s'appuie sur la disponibilité d'un plan informatisé à grande échelle comme le plan cadastral (le plus souvent au 1/500 ou au 1/1 000) ou, dans certaines communes, le plan des corps de rue (généralement au 1/200). On sélectionne parmi les éléments de ces plans détaillés les façades d'immeubles (bords d'îlots), les bâtiments remarquables, le cours des fleuves, les bords de lacs, les allées dans les jardins ou les bois... On ne retient des parcelles de propriété foncière que les limites de celles qui bordent de grands équipements publics ou privés. On récupère, pour l'adapter à une autre échelle la toponymie des équipements, en la complétant le cas échéant. On reconstitue (à moins d’en disposer par ailleurs) les axes de voies et les adresses aux extrémités de chaque tronçon. Par cette méthode, on garde la grande précision topographique du plan de base dont le plan de ville n'est plus qu'un "sous-produit".

La deuxième méthode s'adapte à des cas où il n'existe pas de plan informatisé à grande échelle, ou à des cas où l'on préfère ne pas en dépendre. Le procédé est l'inverse du précédent. Il s'agit de reconstituer le plan de ville à partir principalement d'un réseau filaire tracé dans l'axe des voies (réseau du type RGU, Géoroute ou Téléatlas...). S'il n'est pas possible de se procurer un réseau des axes de voies, on peut le reconstituer par digitalisation de photographies aériennes (orthophotoplans) ou par l'enregistrement du déplacement d'un véhicule spécialisé doté d'un système de positionnement inertiel ou d'un récepteur GPS. Ce véhicule peut même filmer les façades d'îlot de chaque côté pendant son déplacement. Disposant de la géométrie des axes de voie on reconstituera ensuite les façades d'îlots de façon automatique, soit en utilisant une largeur de voie convenue en fonction du type de voie, de son importance ou de son trafic (selon les données disponibles), soit en s'appuyant directement sur une mesure de la largeur moyenne de la voie pour chaque tronçon. La toponymie des voies et le positionnement des adresses aux carrefours pourront alors être automatisés. On obtient ainsi un plan de ville, de qualité topographique certes un peu plus incertaine que par la méthode précédente, mais dont le caractère fonctionnel reste approximativement le même.

Intérêt de l'informatisation

On est souvent surpris de constater l'ampleur des besoins auxquels peut répondre un simple plan de ville (associé à un graphe du réseau des voies) moyennant quelques adaptations à définir cas par cas en fonction des besoins.

Le plan de ville, correctement informatisé, est susceptible de répondre à un très grand nombre de besoins de gestion, de prévision et plus généralement de maîtrise fonctionnelle de l'espace. Bien sûr les applications traditionnelles des plans à grande échelle (travaux d'aménagement et de construction, délimitation rigoureuse de la propritété foncière et des droits ou servitudes qui lui sont attachés...) lui échappent. Mais on reste frappé par l'ampleur méconnue du potentiel des plans de ville tant l'habitude est prise de considérer comme un préalable incontournable l'informatisation du plan cadastral ou du plan des corps de rue.

Le plan de ville informatisé peut répondre à un très grand nombre de besoins des collectivités locales pour un prix de constitution et de mise à jour moins élevé.

Quelques exemples d'utilisation :

- Représentation "thématique", à l'îlot (ou à l'îlot moins la surface de certains grands équipements) du résultat des recensements de la population (densité, caractéristiques d'âges, de famille, activité et catégorie socio-professionnelle, de lieu de travail...), et des logements (statut d'occupation, confort, nombre de pièces...).

- Représentation " thématique " soit à l'îlot, soit à l'adresse, par interpolation, ... de toute information disponible dans tout fichier à l'adresse: carte scolaire, équipement commercial, listes de mal logés, de personnes assistées, de permis de construire ou de démolir, de mutations foncières et immobilières, etc..., afin de visualiser la répartition spatiale réelle du contenu des fichiers à l'adresse. Ces traitements doivent respecter les conditions d’emploi et éventuellement de diffusion définies par la CNIL.

- Analyse (au moyen du réseau des voies sousjacent) de la desserte de chaque zone d'habitat par chaque catégorie d'équipement de proximité (espaces verts, crèches, écoles, commerces, etc...). Dégagement des zones moins bien desservies permettant à terme d'optirniser la répartition spatiale des équipements de proximité.

- Etude des plans de circulation et de stationnement, optimisation du circuit de collecte des ordures ménagères.

- Etude des accidents de la circulation.

- Carte du bruit, carte de la desserte en transports en comrnun...

- Gestion des arbres d'alignement, du mobilier urbain, dont la position exacte au sol importe peu au niveau gestion, ou encore l’état du revêtement de voirie...

- Gestion des travaux de voirie et des prévisions de travaux (à différencier de la conduite des travaux qui exige, elle, des plans à grande échelle).

L'usage d'un plan de ville correctement informatisé favorise la vue d'ensemble de la ville et donc la connaissance de la répartition spatiale de tous les objets de sa gestion, ainsi que des caractéristiques de ses habitants, logements, immeubles, entreprises, équipements de toutes natures.

Extension

Son usage peut s'étendre aux réseaux divers en sous-sol : égoûts, adductions d'eau, etc... dans la mesure où l'on cherche moins à représenter la position topographique exacte de ces réseaux sous les voies que leurs caractéristiques logiques et topologiques (connexions, pentes, ... diamètres, types, débits,...). Toutefois le passage du plan de ville (dans sa composante " graphe du réseau des voies ") au plan des réseaux divers en sous-sol est, en soi, un travail considérable dont la description déborderait de beaucoup le présent propos.

Avenir des plans de ville informatisés

Le plan de ville informatisé permettant de localiser et représenter toutes les voies, toutes les adresses et tous les ilôts ainsi que les données qui leur sont associées, est un produit d’avenir.

Il est désormais bien adapté à la puissance et aux fonctions des micro-ordinateurs de bureau récents. Même les tableurs offrent aujourd’hui des fonctions de ce type.

Il est un élément essentiel des outils de navigation embarqués dans les véhicules, en plein développement et couvrant progressivement toutes les villes d’Europe (Géoroute, TéléAtlas, etc...) : les communes disposeront ainsi à moindre coût des éléments de base du plan de ville alors même qu'elles seront sollicitées pour en tenir à jour certains éléments.

Après une tentative sans doute prématurée avec le " Répertoire géographique urbain " (RGU) lancé dès 1973, les Villes pourraient aujourd’hui, en développant de tels SIG, disposer d’outils aussi performants que le système TIGER au Etats-Unis.

Pour en savoir plus :

APUR : Paul Rouet, (s’adresser au CNIG)

avril 1997